1992, l’année qui a changé l’Italie

Antonio di Pietro à Rome en 2009 @ondablv

Antonio di Pietro à Rome en 2009 @ondablv

Mani pulite. C’est l’opération mains propres lancée en 1992 par Antonio Di Pietro. Des enquêtes contre les Tangentopoli, ces pots de vin qui gangrénaient la démocratie. Cette chasse à la corruption a conduit à la disparition des partis historiques et renversé la 1ère République. Alors 20 ans après, et avec le départ tout récent de Silvio Berlusconi qui a émergé sur la scène politique à cette époque, on prend un moment pour raconter cette année qui a changé l’Italie. 

C’est étrange comme une seule boule de neige peut déclencher une avalanche. Comme un fait divers peu emporter dans une avalanche métaphorique tout un système politique. Le 17 février 1992, Mario Chiesa est surpris par les carabiniers à son bureau alors qu’il vient d’empocher 7 millions de lire de Luca Magni, propriétaire d’une petite entreprise. Le lendemain, l’arrestation apparaît dans les pages locales du journal. Et c’est pourtant de ce fait divers qu’est née l’opération Mani pulite qui a renversé la Première République.

Luca Magni, fatigué de payer des pots de vin de 10% de la valeur du marché public, avait contacté les carabiniers. L’affaire était connue. Antonio Di Pietro, le procureur adjoint de Milan, avait déjà réalisé des enquêtes sur le sujet et savait déjà beaucoup de choses sur le compte de Mario Chiesa. Problème, cet homme pris la main dans le sac était un proche de Bettino Craxi, leader du Parti socialiste italien (PSI).

Alors pour ne pas servir de bouc émissaire, Mario Chiesa se mit à parler. Selon lui les pots de vin étaient devenus un impôt quasi obligatoire pour la majorité des appels d’offre. Bettino Craxi se défend et parle de Chiesa comme d’un « filou isolé ». Mais le scandale s’appelle dès à présent Tangentopoli. Et c’est tout un système qui s’effondre. Le PSI et la Démocratie chrétienne (DC) en tête des accusations.

Manifestation contre « Roma ladrona », slogan de la Lega Nord

Roma Ladrona

L’opinion publique s’émeut. Et les élections d’avril voient une augmentation de l’abstention et un net recul des partis historiques. Avec son slogan « Roma ladrona« , la Ligue du Nord est parvenue à faire passer la DC sous la barre des 30% pour la première fois de son histoire. Par la même occasion, la Lega constitue son premier groupe parlementaire.

En mai, les chambres se réunissent pour élire un nouveau Président. Mais tandis qu’à Milan l’enquête avance, à Palerme, le juge anti mafia Giovanni Falcone -celui du Maxi-Procès contre Cosa Nostra qui avait mis en cause 465 personne, dont Toto Riina, le parrain-  meurt dans un attentat sur la route de l’aéroport. 5 quintaux d’explosifs. Rien que ça. Oscar Luigi Scalfaro, décédé en ce début d’année, est élu neuvième Président italien. Sa première apparition publique se fait à Palerme, aux obsèques de Giovanni Falcone. Le printemps touche à sa fin avec des banderoles « non à la mafia » étendues aux fenêtres de Sicile.

Giovanni Falcone et Paolo Borsellino les juges anti mafia assassinés en 1992

La torpeur estivale est interrompue en juillet avec l’assassinat de Paolo Borsellino, le juge qui aurait du prendre la place de Giovanni Falcone à la tête du pool anti mafia. Cosa Nostra est dans une « stratégie de la tension » selon le Parquet de Palerme. L’organisation mafieuse n’attend que l’émergence d’un parti enclin à servir ses intérêts pour mettre fin à la vague de violence et d’attentats.

Corruption, crise politique et violence ont plongé l’Italie dans la plus grave crise financière de l’après-guerre. Ce fut alors au gouvernement de Giuliano Amato (PSI), élu à la présidence du Conseil de remettre l’économie sur les rails. Mais la crédibilité des politiques n’était pas encore en passe d’être réhabilité. Le repentis Tommaso Buscetta, de retour des Etats-Unis déclara que Giulio Andreotti (DC), Président du Conseil jusqu’en 1992 n’était autre que le chef politique de Cosa Nostra… En décembre, la Démocratie chrétienne, le parti de référence des italiens, cesse d’exister.

Forza Italia !

L’année 1993 ne fut pas plus calme. Arrestations, suicides, inculpations pour corruption et collusion avec la mafia… La classe politique était au plus mal et c’est dans ce contexte agité qu’a pu émerger une nouvelle force qui a compté pendant les 20 années suivantes. Forza Italia ! Dans cette ambiance du « tous pourris », un homme se lance. Il est encore inconnu mais fort de sa fortune de patron des médias il crée ce parti politique de centre-droit dont le slogan est inspiré des supporteurs de foot.

Silvio Berlusconi investi 22 millions de lire dans l’aventure qui démarre effectivement en 1994. Il se fait élire tel un self made man américain, sur sa capacité à gérer le pays comme il a géré ses entreprises. 20 ans, durant lesquels Il Cavaliere n’a cessé d’insulter les magistrats tout en créant des lois Ad personam pour s’éviter toutes condamnations. Car les liens entre Silvio Berlusconi et la mafia sont de notoriété publique et à 24 reprises il a réussit à s’en sortir indemne. Une nouvelle ère et des mains propres à l’argent sale il n’y a qu’un pas. Mais ça, c’est une autre histoire.

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