L’Aquila, chantier éternel

[VIDEO] Trois ans après le séisme, le centre historique de l’Aquila, ville médiévale des Abruzzes, est toujours inaccessible. 95% des gravats n’ont pas été évacués. Après l’urgence, le choix ne s’est pas tourné vers la sécurisation et la reconstruction des bâtiments : c’est la voie des « New town », voulues par Silvio Berlusconi, qui a été privilégiée. Temps perdu, les travaux dans le centre commencent maintenant. Et les procès aussi. 

6 avril 2009. 3 heures 32. L’Aquila, ville médiévale des Abruzzes, est touchée par un tremblement de terre. 309 morts. 45 000 personnes évacuées. Trois ans après la catastrophe 27 000 personnes n’ont toujours pas regagnées leur domicile.

Un pas vers la reconstruction

L’argent a coulé sur l’Aquila. Et pourtant, le centre historique ressemble toujours à une ville après un bombardement. 10,6 milliards d’euros ont été mis à disposition par le gouvernement : 2,9 milliards ont servis à pallier l’urgence, 833 millions pour les 4500 appartements du projet C.a.s.e (les « New town » de Berlusconi prévues pour 15 000 personnes), 7,7 milliards serviront à la reconstruction des édifices privés et publics… La commune a récemment approuvé le Plan de reconstruction. Enfin. Mais ce document crée déjà la polémique. La formule du « dov’era, com’era » (où c’était, comme c’était), ne sera pas suivie. La hauteur des bâtiments, notamment ceux érigés après les années 1950 qui ont le plus soufferts, sera par exemple réduite. Prévention oblige. Un pas en avant, mais pas de quoi s’enthousiasmer. Le plan de reconstruction est une obligation légale. Il a été imposé par le Commissaire au gouvernement, le chef de la Région, Gianni Chiodi. Polémique là encore. Selon le maire de l’Aquila, Massimo Cialente (vidéo), depuis la mise en place de ce partenariat avec le Commissaire du gouvernement, aucun chantier n’a vu le jour.

Trois ans et des milliards d’euros de perdus(vidéo). A l’époque, de nombreux architectes et urbanistes soutenaient qu’à la place du projet C.a.s.e voulu par Berlusconi et Guido Bertolaso, l’ex chef de la Protection civile, il aurait été nécessaire de trouver un toit provisoire aux personnes évacuées et commencer immédiatement la réparation des maisons n’ayant subis que des dommages partiels, soit 25% des habitations. Il n’en n’a pas été ainsi.

Draquila, l’Italia che trema

Le problème à l’Aquila c’est qu’il ne s’agit pas seulement d’une tragédie, d’une catastrophe naturelle. Négligences humaines et corruptions sont également au cœur de l’histoire.

Au moins 18 édifices se sont écroulés en raison de la sous-évaluation du risque. 149 morts. Principale accusée : la Protection civile alors dirigée par Guido Bertolaso, selon le magistrat Fabio Picuti en charge de l’enquête.  Est également reproché à sept experts réunis le 31 mars 2009 à l’Aquila après plusieurs secousses sismiques, d’avoir voulu rassurer de manière démesurée les habitants de la petite ville des Abruzzes, et de ne pas avoir conseillé l’évacuation, alors qu’il était encore temps. Et le documentaire réalisé par Sabina Guzzanti, Draquila, l’Italia che trema, met l’accent sur les manquements de la Protection civile.

Car ce sont bien 400 secousses qui ont précédées le séisme du 6 avril. Or la Protection civile a aussi pour rôle de faire de la prévention. Au procès ouvert contre la Commission grands risques s’ajoute celui de Guido Bertolaso inculpé pour homicides. La puce à l’oreille est venue d’une écoute téléphonique datée du 30 mars 2009 entre l’ex patron de la Protection civile et l’ex assesseur régionale Daniela Stati : Bertolaso lui disait que la réunion avec les sept experts et la population de l’Aquila n’était qu’une opération médiatique destinée à « calmer et faire taire les imbéciles ».

La Protection civile mise en cause

Mais ce n’est pas tout. La Protection civile est devenue le 17 décembre 2009 une Società per azioni (spa). Un décret voulu par Bertolaso et Berlusconi et fait approuvé par Gianni Letta en conseil des ministres. Une simple phrase : «Il rapporto di lavoro dei dipendenti della società è disciplinato dalle norme di diritto privato». En somme, les dépenses de la Protection civile n’ont désormais plus besoin de passer sous la loupe de la transparence publique. Ce changement s’ajoute aux pouvoirs immenses de Bertolaso en situation d’urgence. Etat d’exception. Mais ces pouvoirs spéciaux ne s’arrêtent pas aux situations d’urgences. En faisant de la Protection civile une Spa, Berlusconi étend les pouvoirs de l’institution aux « Grands événements » : des visites du Pape en province aux mondiaux de natation. 10 milliards d’euros rien qu’en 2009.

En 1992 la loi sur l’urgence permettait à la Protection civile de sauter les règlementations si besoin, puis le terme d’urgence est remplacé par « grand événement », choisis par Berlusconi. Un état d’urgence permanent qui, selon l’éditorialiste Ezio Mauro (La Repubblica), place « Il governo come solutore di problemi (proprio mentre si rifugge dallo Stato), signore delle leggi in nome di un’emergenza permanente: che rende ogni intervento pubblico octroyée da uno Stato compassionevole e propagandistico, tra gli applausi dei cittadini divenuti spettatori di un discorso pubblico tramutato in format di Grandi Eventi« .

Et on ne s’étendra pas ici sur les dix enquêtes en cours sur l’infiltration mafieuse à l’Aquila depuis le tremblement de terre… On termine avec Roberto Saviano qui raconte dans l’émission Vieni Via Con Me du 29 novembre 2010, la vie de la maison des étudiants, littéralement écroulée sur ses jeunes. « Non vittime solo del terremoto, ma vittime del cemento« .


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